About


French artist Christophe Prades started working as an abstract painter at the age of 20. Over time, female figures started to emerge from the magma of colour and materials and then took a central role in his work, becoming a kind of modern icons.

His support of choice is the mirror, possibly antique, on which he mixes resins, pigments and ink, layered to create amazing transparency effects.

His work, which he considers a sort of viaticum, questions the representation of the sacred in today’s reign of technology and consumerism. The mirror is thus a magic object that can retain traces of the souls that it has reflected – creating an object which is the sum of the imperfect reflections of these moments.



Jeux de miroirs



« Que reflète le miroir ? La vérité, la sincérité, le contenu du cœur et de la conscience », nous affirme le dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant. Puis plus loin, « symbole de sagesse et de connaissance (…) », c’est une « manifestation reflétant l’intelligence créatrice ». Voilà donc le lien avec l’œuvre d’art établi.


Que reflète une œuvre d’art ? Souvent on a coutume de dire que c’est l’âme du regardeur qui s’y reflète, la lecture qu’il en fait engendrant un sens, une interprétation qui lui est propre. C’est aussi cet aspect numineux qui parfois, effraie ; c’est-à-dire cette force inexplicable qui fait qu’un être, une chose, semble en relation directe avec le sacré, le surnaturel (ici, le miroir, ou l’œuvre, voire l’âme du spectateur ainsi révélée).


La relation qui s’établit entre l’œuvre, le spectateur et le sens qui en découle, s’inscrit dans cette logique en général, et en particulier lorsqu’il s’agit d’œuvres dites « néo-expressionnistes ». Ce qui est renvoyé fait peur. Surtout s’il s’agit des œuvres de Christophe Prades.


Il n’a pas choisi ce support par hasard. Conscient du pouvoir magique du miroir, qu’il choisit volontiers ancien, bien sûr, dans un cadre riche et travaillé. Il travaille par couches successives ses mélanges de pigments, de résines et d’encres, ménageant les transparences, pour donner à voir une histoire, souvent collective : celle des âmes qui s’y sont reflétées, y ont laissé une part d’elles-mêmes, mêlant souffrances, peurs et suffisances, vices et fiertés. C’est finalement un seul visage, mais multiple, qui nous fait face. Lourd de tous ces passés confondus. Presque une réinterprétation du portrait de Dorian Gray, en somme. Que sont donc devenus tous ceux qui étaient de « notre côté du miroir » pour imprégner autant la profondeur au-delà de sa surface ?


Miroir, accessoire de divination, qui grimace son avenir au spectateur, fasciné ! Mais il n’est pas dupe, conscient que le reflet n’est qu’une représentation de la réalité inversée.
Christophe Prades réinvente le « memento mori » dans ses icônes horrifiques : ses personnages d’outre-monde semblent jaillir comme des spectres, enfermés derrière la paroi lisse et infranchissable du miroir. Ce qui a été n’est plus, mais laisse des traces captives dans l’éternité. Discrètes, certes, dans notre monde bouffi de consumérisme et de matérialisme. Cependant, elles sont bien réelles et l’artiste sait les rendre visibles.
C.Prades peint depuis plus de vingt ans, il est représenté par la galerie Béatrice Soulié (Paris).



Jean Henri Maisonneuve.